La chronique

2,00 €
TTC
Quantité

Pour commander le magazine complet, cliquez sur le lien suivant :

N°39 - De l'intelligence émotionnelle à l'Amour



La chronique

Jean de Laprace

Pour une écologie de l'esprit V

Au 16e siècle déjà, Rabelais faisait dire à Gargantua, dans sa lettre à son fils Pantagruel, “Sagesse n’entre pas en âme malveillante et science sans conscience n’est que ruine de l’âme”. La deuxième partie de cette phrase est souvent citée, mais en relisant “Pantagruel” je redécouvre aussi que “Sagesse n’entre pas en âme malveillante”. Ce lien indiscutable entre l’éthique de l’individu et sa capacité à réellement connaître a été écarté par notre système de pensé dominant. Cette pensée est alors restée limitée et refermée sur elle-même et, de ce fait, sagesse est devenue en pratique croyance aveugle !
La dégradation de l’environnement et de la santé des populations, l’épuisement des ressources énergétiques, la raréfaction de nombreuses ressources minières montrent les limites de la croissance continue. Avec la dématérialisation de l’économie, la richesse devient certes virtuelle. Mais, ce n’est qu’un leurre. Les estimations montrent, par exemple, qu’il faudrait entre 3 et 8 planètes Terre pour que la population mondiale puisse vivre à la manière d’un Européen. La bioéconomie de Nicholas Georgescu-Roegen montre que le modèle économique néoclassique est fondé sur le paradigme de la mécanique newtonienne et ne prend pas en compte le principe de la dégradation de l’énergie et de la matière. Les matières premières utilisées pour la construction des ordinateurs sont fragmentées et disséminées à travers toute la planète et il devient pratiquement impossible de reconstituer les minerais d’origine. Quant à l’énergie utilisée pour leur fabrication, elle est dissipée à jamais.
La surconsommation outrancière de 20% de la population mondiale se nourrit de la précarité et de la misère des 80% restants. Pour que quelques nantis consomment davantage, bien au-delà du nécessaire et de l’utile pour vivre, la plupart consomment moins, gagnent leur vie dans des conditions de plus en plus dures et n’ont même pas les moyens de subvenir à leurs besoins élémentaires. On pourrait même affirmer que toute activité économique est menée par ce désir inassouvissable de consommer toujours plus. Et quid de la production ? La production est un élément fondamental de l’économie, supposée être création de produits ou de services et en même temps création de valeurs. Mais, à quoi bon des produits qui ne correspondent pas à des besoins sains chez l’individu ?
Est-ce que ces produits, biens et services, sont nos seules richesses ? Sûrement pas. La santé des individus et des écosystèmes est aussi une forme de richesse, de même que la qualité des relations des individus et la possibilité de réalisation des potentialités des êtres. Ces richesses sont immatérielles soit, mais réelles, du domaine de l’Esprit. Nous attendons encore une pensée, une réalité économique et financière intégrant ce type de paramètres.
L’ignorance et l’arrogance font certainement partie de l’âme malveillante. Cela me rappelle l’histoire de l’ivrogne qui se promène la nuit sur un pont. Il rencontre un ami et ils s’attardent en bavardant un moment, appuyés sur le parapet du pont. “Qu’est-ce qui brille, là-bas ?”, demande soudain l’ivrogne en pointant vers l’eau au-dessous du pont. “C’est la lune !”, répond son ami. L’ivrogne s’étonne : “Eh bien !  Je me demande comment je suis arrivé à monter si haut !”
Entre surproduction et surconsommation, c’est à l’individu d’agir. Enfin, ce qui met vraiment mal à l’aise, c’est la question : “Et moi, dans tout ça ?”…  Je suis complètement d’accord avec Gautama Bouddha : « Mon action est mon seul bien, mon action est mon héritage. » Et pourtant… je fais sûrement partie des nantis. Où suis-je malveillant ? Qu’est-ce que j’attends pour changer mes actions ? C’était aussi le Bouddha qui disait : « Le temps est un grand maître. Le malheur, c’est qu’il tue ses élèves ! »

SC_39_A04
1000 Produits