Au delà de la réalité : le réel

Au delà de la réalité : le réel

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Au delà de la réalité : le réel

Idris Lahore
médecin et philosophe

La neurobiologie du cerveau nous apprend que nos gènes dirigent une grande partie de nos comportements : prenons l’exemple d’un homme qui est assis là, lisant tranquillement le journal, quand passe une femme. Selon sa perception olfactive instinctive, des phéromones, des images, des pensées et des sensations, par exemple sexuelles, s’imposent à lui, induisant des comportements de séduction, d’indifférence ou d’aversion. Les psychologies des pulsions (sexuelles, vie, mort, agressivité…) peuvent trouver là une base sur laquelle s’appuyer. Il en est de même des psychologies systémiques transgénérationnelles : les gènes, comme un aspect de la mémoire cellulaire, transmettent les “mémoires” des aïeux et des ancêtres, et nous soumettent tout aussi inconsciemment à des comportements “hérités” : certaines techniques de constellations familiales ou de représentations ancestrales nous montrent comment l’arrière-arrière-petit-fils reproduit les mêmes comportements (et parfois, le même destin) que son aïeul, sans jamais avoir entendu parler de ce dernier ; comme si une force, dont il n’a aucune perception, l’obligeait.Selon les mêmes neurobiologistes, une autre partie de notre relation à la réalité est la répétition des apprentissages faits au cours de l’enfance et de la période prénatale : selon eux, nous ne pouvons percevoir que ce que nous avons appris à percevoir, et cela au cours de périodes très précises de notre croissance. Il s’agit d’une engrammation neuronale, qui semble confirmer la thèse des écoles de psychologie comportementaliste et de systémique familiale incluant les thèses complexistes jungiennes, les théories de la relation à l’objet, ainsi que la sémantique lacanienne.Pour couronner le tout, les études des neurobiologistes démontrent que nous ne pouvons avoir conscience de la réalité que lorsqu’elle n’existe déjà plus, puisqu’il faut environ une à deux secondes pour que notre cerveau conscientise la réalité à travers le système nerveux et ses milliers d’opérations biochimiques et biophysiques. Notre conscience ne vit donc que dans le passé !Bien pire encore : notre contact avec la réalité est basé sur des processus de “perception” (!), dont 10% sont relationnels à l’objet de la perception et 90% se passent “à l’intérieur” du cerveau et sont des processus non de perception, mais de reconstruction neurologique de la réalité.Ces différentes connaissances neuro-biologiques semblent confirmer les trois thèses de base de la psychologie freudienne : du refoulement dans l’inconscient à la projection, en passant par la résistance. Freud écrivait en effet qu’on peut considérer comme appartenant au courant psychanalytique ceux qui adoptaient les trois concepts suivants :1. le refoulement d’un objet dans l’inconscient,2. la résistance à accéder à nouveau à l’objet refoulé,3. le transfert (comme projection de l’objet refoulé sur la réalité présente).

L’inaccessible réalité

Lorsque je constate l’inaccessibilité de la réalité, je peux commencer à m’intéresser à celui qui fait ce constat, à l’observateur, au penseur, dont je perçois immédiatement qu’il n’est pas qu’un penseur, puisqu’il est affecté par les perceptions des sens et par ses émotions.Il est affecté par cette triple réalité : ses sensations physiques, ses émotions, ses pensées. Lorsqu’il n’est pas trop identifié à l’un des trois, il se perçoit lui-même comme l’observateur. Ceci est une première étape de la transformation du moi qui pense en un moi qui observe. C’est la transformation du moi cognitif en un moi observateur, le moment du passage d’un état associé à un état dissocié, un état où, au lieu d’être seulement dans le mouvement des pensées, des émotions, des sensations, je deviens conscient de l’effet sur moi de mes pensées, de mes émotions et de mes sensations.L’observateur, à l’opposé du penseur, n’est pas celui qui vit simplement ses pensées, ses émotions ou ses sensations, mais celui qui en observe le mouvement intérieur, tout en restant parfaitement connecté et en relation avec ce qui se passe dans le monde extérieur, en particulier l’autre perçu par les sens ou le moi somatique, reconnu par la pensée ou le moi cognitif, perçu émotionnellement par le moi relationnel.Ce double processus de reconnaissance somatique, émotionnelle et cognitive d’une part, et la prise de conscience intérieure par l’observateur d’autre part, est appelé le rappel de soi, en opposition à l’un des mouvements fragmentés qui n’est qu’identification à la pensée, identification à l’émotion ou identification aux sensations.L’entraînement à ce mode perceptif conduit petit à petit de l’état dissocié à un état associé totalement différent de l’identification à la pensée, à l’émotion ou à la sensation.Celui qui n’a pas pratiqué ce type d’entraînement ne peut évidemment pas comprendre cet état particulier et caractérisé par une pensée extrêmement claire, par un état émotionnel caractérisé par la paix et le calme et par un état physique de détente, comme si toutes les tensions du corps, surtout celles qui sont nécessaires pour maintenir l’attention et la posture, avaient disparu, s’étaient dissoutes ; un état qui, bizarrement, semble être proche du sommeil profond, tout en étant plus “éveillé” que jamais.


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