Neurones miroirs

Neurones miroirs

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L’imitation est un processus très avancé, propre à l’homme...

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Les neurones miroirs


Prof. Giacomo Rizzolatti
Université de Parme
Interview Maya Ollier et Luca Urbinati

Pouvez-vous nous rappeler brièvement comment vous avez découvert l’existence des neurones miroirs ?
Nous les avons découverts un peu par hasard, il y a environ dix ans, alors que nous étions occupés à étudier le système moteur du singe. Les neurones miroirs s’activent lorsque le singe fait une certaine action, mais aussi lorsqu’il observe quelqu’un faire la même action. Au début, honnêtement, nous n’y avons pas attaché beaucoup d’importance, mais le phénomène se répétait trop fréquemment et nous avons commencé une série de contrôles et vu que c’était un phénomène bien réel.

Que nous disent les neurones miroirs sur le fonctionnement de notre cerveau ?
L’aspect révolutionnaire a été la possibilité de relier immédiatement une connaissance visuelle avec une connaissance motrice. Le modèle classique de fonctionnement de notre cerveau est que nous devons faire des déductions logiques compliquées. En réalité, si l’on y réfléchit, il n’en est pas ainsi. Si vous me voyez prendre ce crayon, vous ne faites pas un grand raisonnement : la signification du fait de saisir est comprise instantanément, sans processus compliqué. Ensuite, l’exécution est beaucoup plus compliquée que la compréhension et que l’aspect formel. Nous avons une sorte de “matching system”, un système de superposition entre ce qui est vu et ce qui est fait. Le système miroir a été la première démonstration neurophysiologique que ce mécanisme, qui avait été posé comme une hypothèse, existe.

Avec la découverte des neurones miroirs, l’apprentissage par l’imitation ne semble plus être un phénomène mineur…
Ceci est un autre aspect très important. Nous avons étudié les neurones miroirs sur le singe, et nous pensions que le singe était capable d’imiter. En parlant avec des éthologues, nous avons appris que les singes savent imiter quelques expressions faciales, mais ils ne savent pas imiter le fait de prendre. Ce qui signifie que l’imitation est un processus très avancé, propre à l’homme, parce que l’homme a un système miroir même pour des gestes dépourvus de but apparent. Le singe comprend seulement un mouvement qui a un but clair : prendre de la nourriture, écraser, casser. Lorsqu’il voit un geste dépourvu de sens, ce geste se perd dans le système visuel et n’arrive pas au système moteur : le singe comprend que quelque chose bouge, mais ne lui donne pas de signification motrice. C’est grâce aux neurones miroirs que l’imitation est devenue un sujet important. En psychologie, on disait que l’imitateur est stupide, et le créateur génial. Or il faut d’abord imiter et ensuite on peut faire quelque chose de nouveau. Si on ne sait pas imiter, il n’y a pas de culture. C’est pourquoi je dis désormais aux enseignants : “Faites-les imiter, enseignez-leur à copier, c’est ainsi qu’on transmet la culture”...
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