N°42 - La psychologie du non-conflit

N°42 - La psychologie du non-conflit

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Cela commence par : “Il était une fois une poignée d’adultes qui avaient compris que le moindre effort pour éviter les conflits pouvait changer le monde”.
Les auteurs qui ont écrit dans ce numéro partagent le même espoir fou. Celui de faire toucher du doigt aux lecteurs une réalité à portée de mains, ou plutôt de coeur…

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Chers lecteurs,

Il y a un temps pour tout : un temps pour naître et un temps pour mourir, dit-on... Après lecture de ce numéro, à l’évidence, vous conviendrez qu’il y a aussi un temps pour le conflit, dans une phase d’affirmation de soi, de son territoire, tout à fait compréhensible aux heures de l’enfance et de l’adolescence, puis un temps pour faire la paix, en soi, autour de soi, dans la phase de maturité qui suit normalement dans toute croissance humaine juste. Les pages qui suivent sont comme une prière, un plaidoyer passionné, pour que le temps du conflit dure le moins longtemps possible, tant les conséquences en sont désastreuses pour sa propre paix, et pour l’humanité dans son ensemble.
Certains argumentent sur l’origine du conflit : nous, qui sommes “légion”, sommes tellement fragmentés et tiraillés intérieurement que nous ne pouvons qu'être en conflit, à l'intérieur comme à l'extérieur... à moins d’apprendre à voir à l'oeuvre notre nature animale archaïque, sans en justifier les manifestations. D’autres s’essaient à brosser un tableau exhaustif des formes que peut prendre le conflit dans la vie privée, professionnelle, sociale : une forme d’état des lieux des plus réalistes...
Mais le plus important n’est-il pas de vouloir sortir de tous ces conflits qui bouleversent notre vie et la planète ? Qui encombrent nos destinées individuelles et collectives depuis toujours ! N’est-ce pas là le plus important ? Comprendre, oui ; mais agir, c’est encore mieux. Et là, bonne nouvelle : divers modes d’emploi vous sont proposés. Vous avez le choix entre la méditation et ses promesses de paix joyeuse, les moyens d’apaiser les relations de couple et les tensions professionnelles insupportables, un apprentissage de la communication non-violente et même une piste systémique pour comprendre et harmoniser les liens douloureux avec nos ancêtres. Vous pouvez également faire le choix d’un cheminement plus spirituel encore... et nous comprenons qu’il est une des conditions d’un vrai changement de programme pour le monde proche et lointain. Comme si, finalement, nous avions une mission collective urgente (non impossible) qui passe nécessairement par apprendre à vivre en harmonie avec les autres, malgré les différences.
Les auteurs qui ont écrit dans ce numéro partagent le même espoir fou. Celui de faire toucher du doigt aux lecteurs une réalité à portée de mains, ou plutôt de coeur… Cela commence par : “Il était une fois une poignée d’adultes qui avaient compris que le moindre effort pour éviter les conflits pouvait changer le monde”. Nous espérons qu’après un temps de réflexion, viendra le temps des résolutions sans cesse renouvelées (car souvent oubliées) de ne plus entretenir le conflit et de chercher toujours la paix… Un sage a dit un jour que c’était simple : “Il suffit d’accepter la réalité comme elle est, exactement comme elle est…”

C’est ce que je nous souhaite, de tout coeur avec vous.

Très chaleureusement,
Coline d’Aubret

SOMMAIRE

Choisir l'harmonie

Il est important de voir avec quelle facilité on entre dans le champ du conflit : quand, par exemple, quelqu’un ne nous apprécie pas, on se met facilement à ne pas l’apprécier non plus, à le rejeter, à le juger...

Les origines du conflit

Chacun affirme son opinion et critique l’interlocuteur qui est d’une autre opinion. Voyant cette force qui semble s’imposer à chacun, j’ai essayé d’en comprendre le mécanisme. Plutôt que de concocter ma propre théorie, ma propre opinion, qui serait alors en conflit avec la théorie ou l’opinion d’un autre, j’ai essayé de trouver si, chez les grands penseurs et sages, il existait un avis commun sur le conflit...

La maladie et le conflit

Non seulement les conflits qui se manifestent dans les révolutions, les guerres, les attentats, les violences quotidiennes, mais aussi ceux qui sont en germe dans les “opinions différentes” qui, très vite, nous font oublier qu’elles sont de simples “points de vue différents” d’une même réalité et finissent par s’opposer et générer la haine. Car le conflit existe à l’intérieur de l’être humain, et il le projette constamment à l’extérieur, participant ainsi à la violence qui règne sur la planète. Il existe au niveau de son corps, de ses émotions, de ses pensées, et à d’autres niveaux encore...

Comment réussir ce que j'entreprends

Quoi que nous fassions, nous générons par notre affirmation une opposition ou un conflit. Les conflits sont un mouvement normal de la vie, qui est l’arrivée de quelque chose qui se frotte à autre chose : un peu de chaleur, la chaleur allume un feu, le feu consume l’ancien et permet que sur les cendres, quelque chose de neuf renaisse...

De l'égo à l'esprit

Un premier lien que l’on peut établir est celui entre le conflit et toutes ces émotions que l’on qualifiera de négatives et les traits négatifs du caractère. Quelques exemples : la jalousie (pensons en particulier aux situations conflictuelles dans les couples liées à la jalousie de l’un des conjoints) ; la peur, qui peut rendre agressif ; l’avidité ou l’envie, qui peut conduire à convoiter ce que possède un autre (la convoitise de richesses naturelles peut être à l’origine de conflits armés) ; l’orgueil, qui réagit avec véhémence quand il est blessé...

De l'égo à l'esprit

Un champ réel existe entre nous et les autres, mais les êtres humains sont, d’une part, dans l’igno- rance de cette réalité et, d’autre part, trop grossiers, pas assez subtils pour percevoir ce champ, même quand la relation est positive. En réalité, chacun reste prisonnier de ce qu’il est, de ce qu’il croit être, de ce qu’il veut projeter comme image de lui, et il est tellement préoccupé par cet état (qu’on appelle aussi l’ego) qu’il ne perçoit pas le champ qui existe entre lui et l’autre...

Aller à l'essentiel

Nous sommes changeants et constamment en train de réagir aux événements extérieurs. "Chaque pensée, chaque sentiment, chaque sensation, chaque désir, chaque attirance ou répétition constitue un moi. Ces moi ne sont ni coordonnés ni reliés entre eux", déclare un maître du siècle dernier, Gurdjieff, alors que nous avons l’habitude de croire que nous sommes un, un moi solide, homogène, stable, permanent, fiable, un moi qui serait quelque chose d’important, d’unique. Mais si nous sommes attentifs, nous découvrons une multitude bruyante, voire cacophonique...

Retour à l'unité

Résoudre ses conflits est très difficile, mais la manière existe et, au fond, elle est très simple. Difficile parce qu’on ne veut pas vraiment l’appliquer : il s'agit d'arrêter toute forme de "considération intérieure", c’est-à-dire d'arrêter de se soucier exclusivement de soi, des avantages égoïstes qu’on veut tirer d’une personne ou d’une situation, et simplement pratiquer la considération extérieure, qui consiste à se poser la question : "Qu’est-ce qui est bon pour l’autre ou pour la situation ?"...

Entrer dans l'âme appaisée

Sans compréhension, on ne peut arriver ni à l’apaisement, ni à l’action juste : on est dans un état d’ignorance, même lorsqu’on croit savoir... La non-compréhension ne permet pas d’agir de façon juste et, en même temps, elle empêche d’arriver à la paix. La paix, l’âme apaisée, jaillit de la compréhension, d’une perception globale qui ne se fait plus à partir des événements, traits du caractère, exigences, illusions, désirs, rêves... Etre dans l’âme apaisée n’est pas un état naturel, mais le résultat d’un travail, d’un effort qu’on fournit...

La considération extérieure

Que se passe-t-il lorsque je suis en conflit avec quelqu’un ? Je veux ou je crois avoir rai- son (égocentrisme) et j’entre dans le déni de l’autre. Souvent, je veux dominer ou sauver la face (orgueil) en montrant à l’autre, aux personnes présentes et à moi-même, que ma façon de voir les choses ou d’analyser la si- tuation est la meilleure. La logique du conflit est “être contre”, alors que celle de l’amour est “être en harmonie”...

Silence et immobilité

Le conflit extérieur est omniprésent, tout comme le conflit en nous. Krisnamurti di- sait : “Le monde, c’est vous et vous êtes le monde”. A un combat “contre” le conflit extérieur ne faudrait-il pas préférer une lutte intérieure “pour” accéder à ce que les derviches appel- lent “l’âme apaisée”...

Les autres sont ma vie

Au cours de notre vie, nous expérimentons divers niveaux relationnels. L’enfant naît au sein d’une famille d’abord, fréquente ensuite le milieu scolaire, a des camarades de jeux, entre dans le monde du travail, et parallèle- ment, forme un couple, puis fonde à son tour une famille... Bref, nous passons notre vie à tisser des liens avec les autres...

Guérir son couple

Premier lieu de nos amours et de nos désamours, le couple est le théâtre privilégié où se jouent nos conflits intérieurs et relationnels, selon des scénarios bien rôdés et toujours répétés. Alors que l’on attend de cette relation le soutien et le réconfort qui satisfassent un besoin de sécurité intérieure, les difficultés que nous rencontrons dans nos relations de couple provoquent généralement de grandes souffrances, décuplées par la sensation d’impuissance, d’incompréhension réciproque, et l’illusion toujours présente et sans cesse déçue d’un amour romantique...

Gestion des conflits et responsabilité

On peut aborder la notion de conflit du point de vue de la dimension sociale, celle du cadre professionnel, celle de la famille ou du couple. Dans les faits, on observe en quelque sorte le même type de dynamiques relationnelles avec des enjeux différents. Pour ce qui est de l’entreprise, ces dernières décennies, l’approche de la gestion des conflits a été centrée sur l’amélioration des relations, sur la communication et l’aptitude au changement avec l’aide de la formation, du coaching, de la médiation...

Les trois consciences

Le bien et le mal n’ont rien à voir avec les notions de bonne ou de mauvaise conscience. Il y a le conflit qui laisse un goût de mauvaise conscience, et celui dans lequel nous avons bonne conscience… Exemples : dire du mal de la tante Gertrude, et ne jamais l’inviter comme si elle n’existait pas, nous laisse une bonne conscience, quand c’est conforme à la règle familiale qui a décidé que tante Gertrude était une “mauvaise” tante. Selon Bert Hellinger, l’un des grands experts contemporains du travail systémique, la conscience n’a pour seule fonction que de réglementer notre appartenance au groupe...

La psychologie du non-conflit

Comment expliquer que nous soyons ainsi en réaction face à ce qui nous arrive ? On peut considérer que la vie m’amène moi, avec ma volonté et mes désirs, à entrer en relation avec le monde et les autres… qui ont leur volonté et leurs désirs. Ainsi, à ce mouvement qui est le mien répond inéluctablement un second mouvement venant des autres et du monde qui est contraire au mien. Une première façon de gérer cette situation est justement le conflit : soit je l’emporte et, dans ce cas, j’impose mes désirs aux autres...

Sauvée la Terre d'une destruction annoncée

l n’est pas nécessaire d’alimenter des rancœurs et des haines pour défendre ses idées. On peut se souvenir des grandes luttes non-violentes qui ont vu le jour en Inde et qui ont su faire plier la toute-puissante Grande-Bretagne. En n’alimentant plus la lutte haineuse, on combat pour une idée dans la dignité, on laisse aussi sa dignité à celui qui pense différemment  ; les choses pourront évoluer de façon “biologique” et les opposants pourront finir par comprendre le point de vue de l’autre.

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